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lundi 15 juin 2015

Les quatre filles du révérend Latimer - Colleen McCullough


Une bonne nouvelle pour tous les admirateurs de grande fresque sentimentale et d'histoires envoûtantes telle celle des Oiseaux se cachent pour mourir. Vient de paraître, aux éditions l'Archipel, Les quatre filles du révérend Latimer.

Australie, début du XXe siècle. Les sœurs Latimer sont au nombre de quatre : Edda et Grace, les aînées, sœurs jumelles nées de la première union de leur père, un pasteur dont l’épouse est morte en couches ; Heather et Kitty, des jumelles également, filles de l’ancienne gouvernante du presbytère qui a épousé le révérend en secondes noces.
En 1925, les sœurs âgées de 18 et 19 ans fuient l’austérité du presbytère et l’autorité maternelle pour se former au métier d’infirmière dans l’hôpital de leur ville natale, en Nouvelle-Galles du Sud.
Là, chacune pourra aussi laisser libre cours à ses aspirations personnelles, dont la recherche de l’amour. Mais la Grande Dépression n’est pas loin, qui pourrait balayer bien des rêves d’émancipation dans une société encore très patriarcale…

jeudi 6 juin 2013

Intime conviction et erreur judiciaire, Un magistrat assassin au 17e siècle ? de Benoît Garnot




Accroche :
A Beaune, au milieu du 17e siècle, un magistrat et sa servante sont assassinés. Un autre magistrat et les deux fils de celui-ci sont accusés et exécutés. L'analyse du dossier judiciaire permet à l’auteur de cet essai historique, Benoît Garnot, de poser le problème de l’erreur judiciaire, et de montrer que le système judiciaire de l’époque se base surtout sur l'intime conviction des juges. Ce livre est aussi (et surtout !) une contribution à l'histoire sociale de la France moderne.

Prix : 18 € aux Editions Universitaires de Dijon


Mon avis :
Mon accroche ci-dessus, plutôt courte, s’agrémente d’une petite parenthèse cynique, parce que contrairement à ce que suggère le titre de l’ouvrage, celui-ci parle davantage des mœurs des Beaunois que de l’affaire criminelle censément à la base de l’essai. Un gros regret donc, en ce qui concerne le choix du titre qu’on pourrait juger comme racoleur considérant le véritable contenu de ce livre.
Mais plutôt que de déplorer ce qu’il n’y a pas dans ce livre, basons-nous sur les véritables informations apportées.
Dans la première partie de son essai, Benoît Garnot nous renseigne sur l’affaire criminelle en question, se basant, comme tout au long de l’œuvre sur les archives de l’instruction judiciaire. De la découverte des corps, aux premières rumeurs, témoignages, aux premières suspicions, de la fuite du père Guyot et de ses fils, de leur errance d’abord à Lyon, ensuite à Avignon pour finir par leur arrestation.
Puis avec les six parties suivantes, dans un style assez aride, Garnot nous fait partager la réalité de cette petite ville Bourguignonne : mœurs, hiérarchies sociales, relations familiales, place de la domesticité, possessions matérielles, habitat, us alimentaires, pratiques religieuses, perception du monde, du temps, de la justice...
Avant de finalement revenir dans les deux dernières parties à l’enquête judiciaire, à la détention, à la condamnation des trois Guyot, et finalement comme un passage obligé, mais pas central : à la pauvreté des preuves qui les aura fait condamner.
Si certaines informations concernant les gens et la période historique sont intéressantes, d’autres m’ont semblées parfois redondantes ou peu pertinentes, dans le contexte de ce livre au titre pourtant évocateur, mais aussi parce que l’auteur ne s’appuie que sur ces témoignages de Beaunois recueillis dans la circonstance si particulière d’une instruction judiciaire.
Le plan de narration, le titrage, le découpage en parties, sont clairs, cohérents dans le cadre d’une l’argumentation historique. Plutôt académique, « scolaire », classique, il ne laisse que peu de place au développement de la réflexion du lecteur qui perd de vue l’affaire criminelle dans la plus grande partie de l’essai. Le lecteur qui se trouve en outre parfois renseigné trop tôt de certains faits comme extraits du cours normal de la chronologie pour les besoins de cette énumération de données sociétaires.
J’ai aussi été étonnée de la pauvreté des apports didactiques : peu de notes de bas de page explicatives, pas de traductions des extraits de témoignage en vieux français, (parfois difficilement accessibles pour le néophyte), des explications de concept arrivant à la fin du livre et non à leur première apparition dans celui-ci et une bibliographie plutôt mince pour un essai qui compte pourtant plus de 150 pages.
Cet essai m’aura donc laissé une impression mitigée et m’amène aussi à me questionner sur la possibilité pour le public de s’intéresser aux publications universitaires quand, elles sont, à l’image de cet ouvrage très, voire trop détaillé, académique et à qualifier d’«affaire de spécialiste».

Quoi lire après ?
Un bon polar : un Fajardie, un Hammet, un Burke, un Leblanc... pour connaître le frisson de l’enquête policière. Et un Decaux ? Parfois la manière fait beaucoup pour mettre en valeur le fond... historique.

vendredi 2 novembre 2012

Si on les échangeait, Le Genji travesti

Accroche :
Dans le Japon de la fin du XIIe siècle, la fille et le fils d’un dignitaire de la cour impériale, élevés séparément, manifestent des goûts et des traits de caractère opposés et paradoxaux pour leur sexe respectif. Leur père et leur entourage, ne pouvant se résoudre à les forcer dans le moule, laissent la confusion s’installer quant à leur identité... Ce récit, écrit par un anonyme, contemporain de l’histoire, mêle satyre sociale, questionnement psychologique et poésie séculaire. Il a été traduit par Renée Garde. Les présentations, postface, appendices sont très intéressantes, mais mieux vaut en faire la lecture lorsqu’on a finit le roman et faire aussi l’impasse sur le résumé et nombres de notes internes au récit au risque de n’avoir plus aucune surprise en lisant.

Prix : 25 euros aux éditions Les Belles Lettres.

Mon avis :
Étrange comme ce roman semble à la fois, archaïque dans sa forme, et moderne dans certaines idées concernant notamment l’identité sexuelle dans nos sociétés.
Archaïque ? Disons plutôt désuet ; il ne faut évidement pas aborder cet ouvrage comme n’importe quelle œuvre de littéraire classique, la raison en est son âge bien sûr, mais aussi son cadre, la cour impériale japonaise, puissamment « allogène » pour un occidental. Autre époque, autre code, la narration peut paraître parfois lente, il y des redondances, notamment en ce qui concerne les passages décrivant la filiation et les fonctions des très nombreux personnages, leur état d’esprit, ou certaines banalités de la vie quotidienne. Mais si l’auteur se montre insistant, ce n’est point maladresse, mais pour se moquer, pour attirer notre attention sur une contradiction entre les actes et les pensées, ou bien pour nous faire comprendre que les apparences sont bien différentes de la vérité cachée.

Autre particularisme du langage, les sous-entendus, la sexualité suggérée par des expressions mystérieuses, étranges ou poétiques. Car le récit ne fait pas l’impasse sur les maux, vices, violences humaines, et si le style de l’auteur est policé, lorsque l’on s’attarde à « décoder » certains passages, on se rend compte du caractère osé de ses critiques à l’encontre de la société impériale, du déballage sans concession qu’il (ou elle) fait de l’intimité, des relations entre les hommes et les femmes. Il faut aussi noter les pièces poétiques qui parsèment l’écrit, dans les dialogues, certaines descriptions ou dans les pensées des personnages, nous facilitant la pénétration de la pensée orientale, sa compréhension, nous identifiant sur un peuple, une spiritualité, des us distants par l’espace et le temps.

Distant dans le temps, mais non exempt d’une touche de modernité lorsqu’on s’attarde à transposer, en pensées, ce récit dans notre société si prompt à juger sur les apparences (physiques, vestimentaires, activités professionnelles), à faire rentrer les gens dans des cases dès leur naissance, niant notre capacité à changer, à expérimenter, à nous essayer à différents modes de vie. Pour ne pas trop déflorer l’histoire, je dirais juste que les deux héros vont alternativement vivre selon leurs premières aspirations, selon les codes de leurs sociétés, selon leur cœur ou leur esprit. Ils font faire des compromis, se sentir prisonniers ou libérés dans des circonstances inattendues, tout cela parce qu’ils ne sont pas femme ou homme, hétérosexuel ou homosexuel, mais parce qu’avant tout, ils sont des individus, uniques, avec une personnalité et des goûts qu’il ne faudrait jamais discutés.

Quoi lire après... ?
Ce récit m’a donné envie de me pencher en détails sur l’histoire japonaise et de découvrir plus avant la poésie asiatique.

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