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vendredi 30 août 2013

Mémoire en cage de Thierry Jonquet



Accroche :

Cynthia, quinze ans et demi, tétraplégique à la suite d'une opération chirurgicale, considérée comme débile par son entourage, cache en fait une redoutable intelligence qui la pousse à dissimuler sa haine envers le chirurgien responsable de son état et qui va mettre tout en œuvre pour accomplir sa vengeance.


Mon avis :
Affreux, drôles et méchants pourrait s'intituler ce roman de Thierry Jonquet.
Plonger dans la conscience des protagonistes de ce roman c'est découvrir les pensées terrifiantes d'une adolescente dont le corps brisée est devenue une prison, d'un chirurgien dont la carrière et la vie privée a été anéantie par une opération ratée, d'un étudiant aux désirs pervers, abominable à souhait et d'un commissaire de police face à une énigme incompréhensible.
C'est découvrir leur mesquinerie, leur absence totale d'empathie, leur égoïsme primaire et leurs actes d'une cruauté inqualifiable. Les personnages de ce récit ne sont même pas excusés par la folie. L'horreur ordinaire des gens ordinaires, c'est cela qui est le plus terrifiant.
L'humour noir de ce livre est omniprésent, car c'est c'est bien un roman noir à l'humour féroce où les personnages sont dépourvus de toute sensiblerie. Décortiquées jusqu'à l'extrême, détachées de toute tendresse, les réflexions des protagonistes, apparaissent dans une implacable réalité.
Les pensées de Cynthia, dans son fauteuil roulant, sont d'un cynisme exacerbé. Le regard qu'elle porte sur son entourage est froid, sans concession. Les défauts, de tout un chacun, sont analysés avec une précision chirurgicale. Toute tendresse a déserté ce corps dévasté. Cynthia n'est plus capable d'aimer car, blessée, trahie, abandonnée dans cette institution par ses parents,elle refuse de montrer au monde qu'elle n'est pas le légume qu'ils ont diagnostiqué. Elle dissimule son intelligence car depuis son réveil douloureux et la compréhension de ce qui lui est arrivé lors de l'opération, toute sa volonté est dirigée à accomplir son impitoyable vengeance envers le chirurgien. Elle va réussir à manipuler Alain, étudiant aux pensées tordues et à la perversité dérangeante, pour obtenir ce qu' elle désire plus que tout. L'handicapée, si fragile en apparence, qui se sert des pulsions obsessionnelle d'un jeune homme perturbé, est la clé de voute de toute cette histoire. La victime, devenue bourreau, n'ayant plus que sa volonté, va entraîner tous les personnages dans une sordide descente aux enfers.
C'est également plonger dans les pensées du chirurgien, homme détruit par ce qu'il a fait et découvrir la face cachée de la médecine. Derrière chaque praticien se cache un humain pas aussi fiable qu'il n' en a l'air. Cela fait froid dans le dos !
Le récit nous entraîne dans une spirale d’événements où tous les masques tombent dans une fatalité programmée.
Quand on aime l'humour noir et les machinations délirantes, ce livre est à lire de toute urgence !

Quoi lire après ?
Mygale du même auteur, là encore une histoire de vengeance qui fait froid dans le dos.

vendredi 2 août 2013

Querelleur de Frédéric Fajardie


Accroche :
Dans sa caserne, en Allemagne, le jeune caporal Frédéric Klein reçoit une très mauvaise nouvelle, son frère aîné a été tué par balles, dans des circonstances pour l’instant non élucidées. A Paris où il vient enterrer son frère, un double comité d’accueil l’attend à sa descente du train. De là, la violence va s’enflammer comme une traînée de poudre.

Prix : 6,50€ chez Babel noir de Actes Sud

Mon avis :

Avec le style nerveux et efficace qui est le sien, Fajardie nous entraîne à la suite de son héros dans une intrigue violente à laquelle se mêlent avec réalisme des émotions relatives à l’enfance et au deuil de l’être cher.

Le point fort de cette histoire est d’abord l’originalité qu’il y a à donner le rôle principal à un jeune militaire plutôt qu’à un vieil officier, un policier, ou un détective privé. Fajardie nous épargne cependant le cliché de l’homme rigoriste, enfermé dans une discipline et une éducation toute martiale. Mais parce qu’il est soldat, Frédéric Klein est crédible dans son rôle de gâchette de premier ordre et d’homme d’action capable de se tirer de situations désespérées. Il l’est tout autant lorsque submergé par le chagrin d’avoir perdu son frère, il perd pied quelques instants, gémit et déraisonne tandis qu’autour de lui tout n’est qu’agression et danger de mort.

Sa quête de justice, cette vengeance qu’il n’espère qu’assouvir que dans le sang, l’entraîne aux devants de personnages des deux bords : flics ripoux, truands, tous sont brutaux et capables de duplicité. La faim d’argent pousse au crime, mais pour au moins un autre personnage, c’est le fantôme d’une tout autre appétence qui explique le recours à la violence. La trame de ce court roman n’est donc pas simple, mais échevelée comme la crinière d’un trotteur au vent.

Un trotteur comme ce querelleur, cheval, mais personnage et acteur très important dans la vie de Frédéric et de feu son frère. L’équidé a beau s’appeler Querelleur, il est le seul à ne pas chercher querelles et à rester fidèle ! Le cheval symbolise les plus beaux moments de leur enfance, leur fraternité, leur premier choix, leur premier sacrifice d’adulte en devenir et finalement, c’est à travers la relation au cheval que Frédéric trouvera les réponses dont il a besoin pour démasquer son principal adversaire.

Si l’essentiel de ce roman est tourné vers le « tout-action », il y a aussi des passages très beaux, véritablement touchants, lorsqu’à travers cet autre Frédéric (un clin d’oeil qu’il s’adresse à lui-même ?), Frédéric Fajardie évoque l’amour fraternel, l’amour d’une femme ou l’amour pour un innocent et unique cheval.

Ma seule déconvenue je la dois à la direction éditoriale de Babel Actes Sud. Passe encore la couverture plutôt vilaine, passe encore ce résumé qui ne cache rien dès la première page du livre, mais que l’on peut heureusement sauter facilement, passe aussi les quelques coquilles stylistiques « il est vite » plutôt que « il est rapide »... là n’est pas le plus grave... Le plus grave, c’est le texte choisit pour figurer sur le quatrième de couverture (vous savez ce que 90% des lecteurs vont lire avant d’entamer leur lecture) qui n’est autre qu’un extrait de la toute fin du roman et qui contient donc une bonne part de la chute, nous dévoilant par ailleurs, criminellement, un gros pan de l’intrigue policière. De quoi vous ôter tout frisson, tout suspens, toute envie de lire, donc !

Quoi lire après ?
D’autres Fajardie, parce qu’avec cette grande plume du polar, l’expérience pour intense, parait toujours trop courte.

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